Au Bouche à Oreille
du 4 décembre 2017 au 31 mars 2018

Comme une couleur sombre d'insouciance…
« Mes grands-parents maternels étaient d'origine indienne, de Los llanos au Vénézuela. Enfants, nous jouions aux bords du fleuve Guarico, nous gardions toujours un œil sur les caïmans qui se réchauffaient sur la rive opposée. Nous devions sortir de l'eau lorsque l'un d'entre eux manquait à l'appel. Parfois, alors que nous nous délassions au pied d'un arbre, en pointant le nez vers la cime, nous apercevions un serpent qui paressait sur les branches en surplomb. Dans la chaleur moite des débuts de la saison des pluies, les eaux rouges du fleuve s'irisaient des bleus intenses du ciel. En peu de temps, des masses nuageuses se lovaient en volutes de plomb jusqu'à se déchaîner, crachant eau et feu ! Nous jouions, ivres de soleil, de parfums de terre et de végétation. Insouciance de l'enfance, insouciance de la terre... nous grandissions au seuil des périls d'une nature imprévisible.
Sur le palimpseste de la mémoire, par couches successives, je dépose, gratte, recouvre… Souvenirs qui s'effacent et se recréent. Je vais à la rencontre de ces portraits, de ces autoportraits. J'interroge ce rapport au monde, dans une région qui semble si éloignée de la civilisation ; où se confrontent quiétude, luxuriance et dangerosité d'une nature imposante. L'actualité cruelle du Vénézuela exacerbe le souvenir de ces instants vécus, opposant l'enchantement de la terre de mes origines aux violences socio-politiques qui détruisent le pays. »

Carlos Castillo Ibarra

http://www.carlos-a-castillo.com